En cette année 2026, VIMADE fête ses 10 ans d’existence.

 

Après avoir récemment fêté personnellement nos 30 ans, nous réalisons que cette décennie, intense, frénétique et extrêmement riche en projets comme en rencontres, représente déjà un tiers de nos vies. Un tiers de notre vie à créer, à imaginer, à douter, à tester, à ajuster. Un tiers de notre vie à analyser, protéger et concevoir des paysages. Portée par l’intensité des projets et par l’engagement quotidien, cette période s’est écoulée en un instant.

Cet « instant », si bref en apparence, représente pourtant des dizaines de milliers d’heures de travail, quelques nuits blanches, quelques week-ends au bureau, plus de 200 études menées et plus de 50 projets réalisés.

Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout les personnes, les rencontres et les apprentissages qui donnent tout son sens à ces dix années. Chaque projet a été l’occasion de découvrir de nouveaux contextes, de confronter des points de vue, d’apprendre de celles et ceux avec qui nous avons travaillé, et d’affiner notre manière de concevoir le paysage.

Ces années ont été faites de tests, de prises de risque, d’ajustements, de réussites parfois, de remises en question souvent, toujours guidées par l’envie de mieux comprendre le vivant, les usages et la complexité des lieux.

Pour marquer cette étape importante, nous avons souhaité prendre le temps de revenir sur ce chemin parcouru, de regarder nos projets avec un peu de recul, de revenir sur les rencontres qui les ont rendus possibles, et de partager ce que ces dix années de pratique, d’apprentissage et d’exploration autour du vivant nous ont appris.

Tout au long de l’année 2026, nous partagerons une série de rétrospectives de projets, réalisés à différents moments de notre parcours, qui racontent chacun une situation, un contexte, une manière d’aborder le paysage.

Ces regards rétrospectifs seront enrichis par des échanges avec celles et ceux qui ont participé à leur conception et à leur évolution. Car ces projets sont avant tout des aventures collectives, construites dans le dialogue, la confiance et l’intelligence partagée.

Prendre ce temps aujourd’hui représente pour nous un moyen de nourrir la suite, de remettre en question notre pratique, de continuer à apprendre, et de poursuivre notre engagement pour des paysages vivants, durables et profondément ancrés dans leur contexte.

Pour ouvrir cette série, nous avons choisi de revenir sur la création du bureau, nos convictions fondatrices et son évolution à travers un échange avec Nicolas Orange, notre enseignant en technique à l’HEPIA entre 2013 et 2016.

Aux origines de VIMADE

 

Conversation avec Nicolas Orange (Maître d’enseignement HES, HEPIA)

 

Pour ouvrir la série « 10 ans de paysages vivants », le choix a été fait de revenir aux sources. Avant les projets livrés, avant les concours et les dossiers, il y a eu l’école, les discussions, les intuitions, ainsi que quelques personnes qui ont compté dès le départ.

Parmi elles, Nicolas Orange, professeur de technique à l’HEPIA. Un enseignant et, au fil du temps, un interlocuteur privilégié, avec qui le lien ne s’est jamais rompu.

VIMADE est né en 2016, à Genève, juste après le diplôme de ses trois fondateurs. Dix ans plus tard, revenir sur cette genèse avec Nicolas Orange s’est imposé comme une évidence. Son regard permet de relier les débuts, les premières intuitions et la manière dont le bureau s’est construit, pas à pas.

Dès les premières années, des visites de chantier sont organisées avec les étudiants dans le cadre de son cours de technique. Un rendez-vous devenu annuel, autour de projets en cours, de contraintes réelles, de détails constructifs et de retours d’expérience sans filtre.

Ces moments de partage ont permis de maintenir un lien direct entre l’enseignement et la pratique, mais aussi d’inscrire une relation dans la durée. Année après année, Nicolas Orange a pu suivre l’évolution du bureau, observer ses choix, ses méthodes et ses prises de risque.

Ce lien durable fait écho à sa vision de l’enseignement : une transmission qui ne s’arrête pas à l’école et qui se nourrit du dialogue avec le monde professionnel.

 

Sa vision d’enseignant

 

Lorsque Nicolas Orange parle de l’enseignement, il ne le décrit ni comme une parenthèse ni comme un changement de trajectoire. Il l’évoque comme une continuité, presque comme une responsabilité.

« J’ai eu la chance d’être formé par des personnes engagées, qui m’ont donné de leur temps et su transmettre leur passion. Enseigner, c’est rendre un peu l’appareil. »

Il insiste sur une idée qui traverse l’ensemble de sa pratique : la formation ne consiste pas à produire des profils « clé en main », mais à transmettre des repères, des outils et une manière de lire les situations.

« On ne sort pas des étudiants formatés. On leur donne des clés. Ensuite, ils poursuivent leur construction au contact du monde professionnel. »

C’est précisément dans cet aller-retour entre école et terrain que s’inscrit l’histoire partagée entre Nicolas Orange et VIMADE : une histoire faite d’échanges réguliers, de chantiers ouverts et d’une attention commune portée à la rigueur, à la technique et à la réalité du métier.

La création du bureau

 

Au fil de la conversation, un souvenir revient avec une précision intacte. Un moment simple, presque anodin, mais resté très présent.

À la sortie d’un cours, au cinquième étage, une discussion s’engage. Le projet est déjà clair et assumé : créer un bureau dès la fin des études. Non pas comme une hypothèse, mais comme une évidence.

« Je m’en souviens très bien : tu m’as arrêté après le cours pour me parler de ce projet de monter le bureau. »

Ce qui marque Nicolas Orange n’est pas l’ambition du projet, mais sa cohérence. Une continuité logique entre la manière d’aborder les études, le travail collectif et l’envie d’entrer dans le métier sans rupture.

« Ça m’a tout de suite semblé cohérent, en continuité avec ce qu’ils étaient déjà à l’école. »

Avec le recul, ce souvenir prend une place particulière. Nicolas Orange a été l’un des premiers à encourager cette démarche, à y voir non pas une précipitation, mais une continuité naturelle entre l’école et le métier. Un soutien exprimé simplement, sans emphase, mais qui a compté.

L’amitié comme point de départ

 

Interrogé sur le souvenir qu’il garde de cette période à l’HEPIA, Nicolas Orange évoque immédiatement un lien, mais aussi une singularité.

« Leur signature, c’était leur amitié. Ils étaient inséparables. Et ils étaient clairement à part dans la classe, dès la première année. »

VIMADE s’est construit sur cette confiance partagée, capable de traverser les décisions, les désaccords et les phases intenses sans fragiliser le collectif. Une manière d’avancer ensemble, qui a donné au bureau sa stabilité autant que son élan.

La rigueur comme fondement

Lorsqu’il est invité à décrire ce qui caractérise VIMADE aujourd’hui, Nicolas Orange évoque avant tout une manière de travailler.

« Vous avez une rigueur incroyable. Vous ne laissez pas de place au hasard. »

Il revient sur un point régulièrement relevé par les entreprises et partenaires : la précision des dossiers, le niveau de détail et le soin apporté à la mise en cohérence entre intention, conception et réalisation.

« Le travail est mâché pour les entreprise. On sent que tout a été pensé jusqu’au détail. »

Cette rigueur n’est pas décrite comme une posture, mais comme une pratique : une façon de faire où la technique devient un support au projet, et non une contrainte.

L’indépendance et l’innovation comme démarche

 

Lorsqu’il revient sur ce qui a, selon lui, marqué la naissance de VIMADE et expliqué sa trajectoire, Nicolas Orange insiste d’abord sur une posture : avancer sans se définir par rapport aux autres.

« Ce que j’aime, c’est que vous vous êtes imposés par le travail, sans vous vous préocupper des autres. Vous vous êtes construits tout seuls, sans faire d’ombre à personne. »

Il y reconnaît une forme de sobriété dans l’attitude : faire, avancer, améliorer et laisser les projets parler. Pas de posture, pas de surenchère. Une trajectoire construite pas à pas, avec constance.

Cette manière d’avancer, autonome et concentrée, s’accompagne d’une autre constante qu’il rattache aux débuts du bureau : l’envie de tester et d’aller vers ce qui n’était pas encore “la norme”. Nicolas cite notamment la gestion intégrée des eaux, abordée très tôt dans les projets, à une époque où ces questions étaient souvent perçues comme secondaires. Même logique pour le réemploi et certains sujets environnementaux : des démarches progressivement devenues incontournables.

Pour Nicolas, l’originalité de VIMADE n’est pas dans un discours ou un style, mais dans une démarche : explorer avec sérieux, innover et se construire pas à pas en ouvrant ses propres voies.

Grandir sans perdre “VIMADE”

En fin d’échange, la conversation s’oriente naturellement vers l’avenir. Nicolas Orange ne formule pas de conseils prescriptifs, mais partage une attention particulière portée à ce qui, selon lui, fait la force du bureau.

« Votre défi, c’est de grandir en gardant ce qui fait VIMADE. »

Son propos souligne l’importance de préserver ce qui a permis au bureau de se construire : la qualité des relations, la confiance, l’exigence collective et l’attention portée aux projets. Ces éléments, présents dès les débuts, forment un équilibre précieux à accompagner dans la durée.

Il évoque la nécessité de faire vivre cet esprit au fil du temps, de le transmettre et de l’ouvrir, sans perdre ce qui en fait la singularité. Une réflexion qui touche autant à l’organisation qu’à la culture de projet, et à cette manière d’être ensemble qui a fondé le bureau.

Lorsqu’on lui demande comment il voit la suite, son regard reste résolument confiant. Le métier a évolué, la place du paysage s’est renforcée, et les opportunités sont nombreuses. À condition de rester fidèle à ce qui a fondé le bureau : une exigence partagée, une curiosité constante et une dynamique collective.

Une ouverture

 

Cet échange inaugure la série « 10 ans de paysages vivants ». Tout au long de l’année 2026, nous reviendrons sur dix projets réalisés à différents moments de notre parcours, pour observer ce qu’ils sont devenus avec le temps, les usages et le vivant  et pour donner une place aux personnes qui ont contribué à les faire exister.

Revenir à la source c’est une manière de mieux comprendre ce qui nous a construits et ce que nous voulons continuer à construire.